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La dette transformationnelle : le nouveau défi des entreprises

Récemment Jean Boulet, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale a affirmé que le développement technologique des entreprises québécoises devait passer à un niveau supérieur. Le ministre a insisté sur le besoin de « conscientiser encore plus les entreprises à l’importance d’accroître leur productivité.»

Selon une étude menée par Talsom auprès de 150 entreprises québécoises œuvrant principalement dans les domaines du manufacturier et des services, 69% considèrent l’impératif d’une transformation digitale comme un défi majeur pour les trois prochaines années. Mais paradoxalement, 72% de ces mêmes entreprises expliquent que leur degré de préparation à engager un processus de transformation est incertain ou inexistant.

Alors d’où provient cette forme d’insouciance ou de non-conscientisation technologique des entreprises? Et si le cœur du problème venait du fait que les entreprises ne comprenaient pas réellement le « pourquoi » d’une transformation ? En sous-estimant parfois l’importance du facteur humain et en tardant à entreprendre le virage des technologies, les entreprises sont en train de se créer une dette transformationnelle.

Chaque entreprise évolue à un rythme diffé­rent dans sa maturité numérique. La prise de conscience des entreprises sur la nécessité de se numériser est présente depuis de nom­breuses années. Les années 2000 ont d’ailleurs été synonyme de grands changements techno­logiques que certaines organisations ont réussi à intégrer dans leur structure en adaptant leur modèle d’affaires.

A l’heure où nous œuvrons dans un monde digital, les entreprises doivent réduire l’écart entre leur état actuel (en retard) et leur état organisationnel. C’est ainsi qu’elles pourront exploiter les opportunités apportées par les nouvelles technologies, qu’elles accroîtront leur productivité et seront pé­rennes dans le futur. Nous introduisons le concept singulier de dette transformationnelle comme étant l’arrimage entre une « dette humaine » et une « dette technologique » dans le contexte d’une entreprise qui se transforme.

Qu’il s’agisse de sa culture d’entreprise, ses processus de ressources humaines, sa structure organisationnelle (dette humaine) ou de ses systèmes front-end et back-end (dette technologique), l’entreprise doit s’assurer d’avoir un équilibre global. C’est ce qu’il fera qu’elle réduira au maximum sa dette transformationnelle et assurera sa croissance et sa productivité.

Par exemple, 73% des entreprises ayant répondues au sondage considèrent que leur culture d’entreprise n’est actuellement pas favorable à une initiative de transformation. Par ailleurs, 61% affirme qu’un manque de vision partagée nuit à la priorisation de leurs investissements technologiques. Nous observons ici un fossé entre ce que les entreprises souhaitent et ce qu’elles mettent réellement en œuvre pour y parvenir.

Dans notre considération de la dette transformationnelle, nous percevons l’aspect humain comme ayant un poids plus important que celui de la technologie.  Bien que tous deux présentent leur lot de défis, la main-d’œuvre doit être évaluée avec une attention particulière car elle est souvent sous-estimée et elle implique les changements les plus difficiles à mener. Enfin, ce sont les employés qui déterminent le succès d’une entreprise à atteindre sa vision et ses objectifs. Le plus gros chantier auquel nos entreprises devront s’attaquer demain ne concerne donc pas la technologie, mais bien l’humain.

Publié le 17.02.2020